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Merveille

Auteur : Svankmajer, Jan
Editeur : Malavida
Publié : 1988
Type de document : Vidéo et document projeté
Cote : vinc ali
Résumé : Alice écoute une histoire. Bientôt, réalité et rêve éveillé s'entremêlent : le lapin blanc au beau costume rouge et doré, dans sa cage de plexiglas, n'a-t-il pas bougé dans l'étrange chambre d'Alice ? Voici Alice entrainée dans un extraordinaire carrousel...

Alice est un film qui ne ressemble à aucun autre. Le récit est à la fois fidèle à Lewis Carroll -il en est d'ailleurs certainement l'adaptation la plus intéressante- et en même temps très personnel. Le réalisateur tchèque Jan Svankmajer trouve dans ce récit un bon moyen de cultiver les obsessions déjà bien présentes dans l'ensemble de ses courts-métrages (disponibles en DVD), en particulier la difficulté de relation avec l'autre, le dégoût pour la nourriture, l'enfermement, la fascination pour le mystère des objets, la taxidermie, les peurs de l'enfance, les répétitions absurdes.

Tournage d'ALICE, de Jan Svankmajer

Le film est totalement fascinant par sa façon de mélanger prise de vues réelles et animation, en particulier celle de marionnettes. Cela favorise l'étrangeté et nous rapproche de la sensation authentique du rêve, du moment où on ne distingue plus bien ce qui relève de la réalité ou du monde onirique.

Comme Kafka, son compatriote, Svankmajer mélange le merveilleux et le fantastique. On considère que le merveilleux est ce qui permet de s'évader d'un quotidien morose, et le fantastique une perturbation du quotidien qui crée un malaise. Car malaise il y a et le film est plus angoissant que le texte de Lewis Carroll.

Mais le magnifique savoir-faire artisanal de Svankmajer (qui n'est pas seulement cinéaste mais aussi marionnettiste et plasticien) et son sens de l'humour, son empathie pour ce personnage d'enfant qui traverse les épreuves avec courage et pragmatisme, toute cette démarche pleinement affirmée nous emporte.

Il nous propose à sa façon certes particulière, nourrie par sa propre expérience à Prague, une vision juste et respectueuse de cette phase difficile qu'est la préadolescence, le moment où l'on commence à véritablement prendre conscience de la mort.

Le non-sens qui caractérise le livre de Lewis Carroll, en particulier au niveau du langage, est ici restitué d'une façon un peu décalée. Svankmajer est un vrai artiste surréaliste et c'est aussi par un travail savant au niveau du montage des images et des sons et en créant un univers unique vu nulle part ailleurs qu'il parvient à captiver le spectateur

Un film culte, à découvrir absolument.

Guy Desbouillons - Janvier 2017

L'illustration est une photo du tournage, avec Jan Svankmajer et l'actrice du film Kristýna Kohoutová.