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Spetters, enfin réédité

Auteur : Verhoeven, Paul
Editeur : Bqhl Diffusion
Publié : 1980
Type de document : Vidéo et document projeté
Cote : ved-en spe
Résumé : Périphérie de Rotterdam, Pays-Bas, 1980. Rien, Eef et Hans sont trois jeunes hommes issus de la classe ouvrière qui rêvent de gloire et de fortune, unis par leur passion du motocross et leur admiration pour la star nationale de ce sport, Gerrit Witkamp. Quand la belle vendeuse de frites Fientje s'installe dans leur ville, elle aussi rêvant de fortune, elle jette son dévolu sur celui des trois amis semblant promis au plus bel avenir, Rien. Mais suite à un accident, celui-ci perd l'usage de ses jambes. Fientje décide alors de séduire Eef qui, de son côté et en secret, s'enrichit en dépouillant des gigolos...

La réussite de Elle, film tourné en France avec Isabelle Huppert, nous a rappelé que Paul Verhoeven était un cinéaste important, et notamment par sa façon de s'intéresser sous un angle qui conjugue passion et analyse sociologique à la capacité de certaines femmes au caractère fort à surmonter les événements les plus funestes, ceci sans pour autant en tirer aucune gloire. C'est la complexité trouble de cette force féminine, faite aussi bien d'opportunisme, de matérialisme et de perversité que de détermination, d'élévation et de sens aigu de la perpuétation qui donne tout l'intérêt aux personnages de Michèle Leblanc dans Elle (2016), de Rachel Steinn dans Black Book (2006), de Fientje dans Spetters (1980), et bientôt de Benedetta dans le film du même nom qui sortira en 2019, avec Virginie Efira dans le rôle titre. Le pouvoir de la sexualité est au coeur de cette thématique où les questions de mort et d'argent sont forcément associés. On relèvera que si les hommes sont certes observés avec beaucoup de bienveillance, ils sont dans ce cinéma considérés comme plus simplistes.

Spetters a justement été restauré et récemment réédité en DVD, et la médiathèque le propose désormais au prêt. Il est le point d'orgue de la première partie de carrière du réalisateur, celle des films tournés aux Pays-bas peu de temps avant les pactisations avec Hollywood.

La jeunesse issue des milieux ouvriers qui est au coeur de Spetters est montrée à la fois de façon très crue et réaliste, mais aussi avec un humanisme et une énergie qui lui donnent tout son relief. Les trois jeunes hommes que l'on suit sont filmés constamment en mouvement, et même dans des positions physiques instables, que ce soit avec leur moto, dans le garage où ils travaillent, ou dans leurs approches sexuelles, comme si l'enjeu de la survie était de tous les instants. Tout est question de compétition, et la musique pop-rock typique des années 80, celle composée par Ton Scherpenzeel pour le film et les standards de Blondie ou d'Iggy Pop, contribue à l'ancrage dans une réalité qui préfigure le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui.

Si son caractère ultra-réaliste lui value à sa sortie un vent d'hostilité, alors que c'est ce parti-pris personnalisé par une mise en scène et un montage habiles qui lui donne toute son intensité, Spetters reste d'une grande modernité et, à la vision, bouleversant.

G.D. Août 2018