Vous êtes ici

-A +A

Un tableau, une baignoire et l'Histoire

Auteur : Robert, Gwenaële
Type de document : Texte
Cote : r rob der
Résumé : Paris, an II. La France vibre sous le souffle de la Terreur. Jane, une jeune Anglaise cachée dans l'appartement d'aristocrates émigrés, Théodose, un moine qui a renié sa foi par peur de la guillotine, Marthe, la lingère de Marie-Antoinette emprisonnée au Temple, David, le fameux peintre et député de la Convention, ou encore une Normande du nom de Charlotte Corday, tout juste arrivée à Paris... Ils sont nombreux, ceux qui tournent autour du logis de la rue des Cordeliers où Marat, cloîtré, immergé dans des bains de soufre, traque les suspects hostiles aux idées de la République. Il ignore que certains d'entre eux souhaitent sa mort et qu'il ne lui reste plus que trois jours à vivre. Par cette fiction qui nous propulse dans le coeur battant de l'Histoire, Gwenaële Robert détruit l'image sublime et mensongère que David nous a laissée de son ami Marat. Du bout de sa plume, grâce à un dispositif romanesque et à un sens de la reconstitution impressionnants, elle gratte le vernis de la peinture pour révéler la réalité du monstre.

Nous connaissons tous, grâce à nos livres d'histoire, le tableau de David représentant Marat assassiné dans sa baignoire. Nous sommes nombreux à avoir vu sa statue de cire au musée Grévin. Mais nous n'avons jamais su imaginer, comme Gwenaële Robert le fait dans ce magnifique roman, tout ce qui a pu se passer autour de la mort de Marat : elle brosse, dans une écriture impeccable, les portraits de différents personnages qui gravitent autour de l'événement, certains réels comme Charlotte Corday ou le peintre David, d'autres nés sous la plume de la romancière : moine, lavandière, perruquier, cocher... Effervescence à Paris en ce mois de juillet 1793 où l'on prépare activement le quatrième anniversaire de la prise de la Bastille, la canicule est palpable, la Révolution glisse dans la Terreur, le Dauphin est séparé de sa mère le 13 juillet... mais autour de la rue des Cordeliers déambulent des personnages qui en veulent tous, pour une raison ou une autre, au tyran. 

C'est un nouveau récit de ce fait historique que nous propose Gwenaële Robert. La forme romancée est judicieusement composée, la langue subtile, les personnages nous font partager leurs rêves, leurs émotions, leurs peurs, leurs déceptions. Loin de l'image de martyr que l'on nous a trop souvent inculquée, Marat se révèle le député sanguinaire qui appelait au meurtre et incitait les citoyens à dénoncer leurs voisins. Quant à Charlotte Corday, l'auteur nous en dresse un portrait touchant, malgré son courage et sa détermination, jusqu'à cette dernière lettre écrite à son père "Pardonnez-moi, mon cher papa, d'avoir disposé de ma vie sans votre permission".

Une lecture jubilatoire. Et je crois que je ne visiterai plus le musée Grévin comme avant.

NLB